Thérapie interpersonnelle
La thérapie interpersonnelle est une forme de psychothérapie brève qui se concentre sur l’ici et maintenant et est axée sur les relations interpersonnelles. Elle s’attache à permettre aux personnes de créer des liens d’attachement sécure et permet l’apprentissage de communication adaptée afin de signaler correctement leurs attentes et satisfaire leurs besoins.
Qu’est-ce que la Thérapie Interpersonnelle (TIP)?
C’est à la fin des années 1960, et grâce à la rencontre de deux psychiatres, le Dr Gerald Klerrman de Yale et le Dr Eugene Paykel de Cambridge, que les TIP ont pu se développer dans un premier temps dans le cadre de la prise en charge des épisodes dépressifs caractérisés (EDC) (Weissman et al., 1979). Aujourd’hui, l’efficacité des TIP dans le traitement de la symptomatologie dépressive n’est plus à démontrer. Les données de plusieurs méta-analyses dont, celle de Cuijpers et ses collaborateurs en 2016, portant sur 90 études et 11434 participants, mettent en avant l’efficacité des TIP. Elles ont ensuite fait leurs preuves dans le traitement d’autres pathologies telles que le trouble bipolaire (Reinares, 2014), le trouble de personnalité borderline (Bozzatello, 2016), et les troubles du comportement alimentaire (Carter, 2011).
Les TIP s’appuient sur différents modèles théoriques:
- Le modèle bio-psycho-social, décrit par Engel en 1977, propose que les troubles psychiques dépendent du contexte global dans lequel vit l’individu, et des interactions de trois contextes : biologique, socio-environnemental, et psychologique.
- Les travaux de Sullivan (1953) insistent sur l’importance des ressentis émotionnels dans les relations interpersonnelles et leur implication dans la régulation des interactions.
- La théorie de l’attachement, issue des travaux de Bowlby (1969, 1978), observant le rapport entre la qualité des interactions précoces, notamment mère-enfant, et la qualité, sécure ou insécure, des relations créées au cours de l’adolescence et à l’âge adulte. Cette théorie constitue la base des TIP puisque le travail sur les liens interpersonnels s’appuie sur le style d’attachement présenté par le patient. En TIP, il s’agit de travailler sur la constitution de liens d’attachement sécures dans l’ici et maintenant, et non de revenir sur les difficultés relationnelles précoces vécues par le patient.
- Kiesler et Watkins (1989) ont développé des théories de la communication et insistent sur les liens d’attachement mais également sur la capacité à communiquer de manière adaptée dans les relations interpersonnelles.
- Les modèles cognitivo-comportementaux qui vont permettre au patient de se détacher de ses modèles émotionnels ou comportementaux inadaptés, et qui s’appuient sur la théorie de l’impuissance apprise proposée par Seligman (1972), et le modèle de Beck (1979).
- Le concept de mentalisation décrit par Bateman et Fonagy (2004), se développant pendant l’enfance et reposant sur une relation d’attachement sécure, correspond à la capacité de comprendre et se représenter ses propres émotions mais également celles d’autrui afin de donner du sens aux comportements et aux relations.
La particularité des TIP réside dans le fait que le processus psychothérapeutique se centre sur les relations interpersonnelles vécues dans l’ici et maintenant. L’épisode dépressif est perçu comme survenant dans un contexte interpersonnel insatisfaisant, et qui n’est donc plus une ressource suffisamment adaptée pour aider le patient à répondre à ses besoins.
D’après le DSM-5 [1], l’épisode dépressif caractérisé est défini ainsi : A. Au moins cinq des symptômes suivants doivent avoir été présents pendant une même période d’une durée de deux semaines et avoir représenté un changement par rapport au fonctionnement antérieur ; au moins un des symptômes est soit (1) une humeur dépressive, soit (2) une perte d’intérêt ou de plaisir :
- Humeur dépressive présente pratiquement toute la journée, presque tous les jours, signalée par le sujet (sentiment de tristesse ou vide) ou observée par les autres (pleurs).
- Diminution marquée de l’intérêt ou du plaisir pour toutes ou presque toutes les activités pratiquement toute la journée, presque tous les jours.
- Perte ou gain de poids significatif (5%) en l’absence de régime, ou diminution ou augmentation de l’appétit tous les jours.
- Insomnie ou hypersomnie presque tous les jours.
- Agitation ou ralentissement psychomoteur presque tous les jours.
- Fatigue ou perte d’énergie tous les jours.
- Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée (qui peut être délirante) presque tous les jours (pas seulement se faire grief ou se sentir coupable d’être malade).
- Diminution de l’aptitude à penser ou à se concentrer ou indécision presque tous les jours (signalée par le sujet ou observée par les autres).
- Pensées de mort récurrentes (pas seulement une peur de mourir), idées suicidaires récurrentes sans plan précis ou tentative de suicide ou plan précis pour se suicider.
- B. Les symptômes induisent une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants.
- C. Les symptômes ne sont pas imputables aux effets physiologiques directs d’une substance ou d’une affection médicale générale.
- D. L’épisode ne répond pas aux critères du trouble schizoaffectif et ne se superpose pas à une schizophrénie, à un trouble schizophréniforme, à un trouble délirant ou à un autre trouble psychotique. Il n’y a jamais eu d’épisode maniaque ou hypomaniaque.
En février 2017, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) [2] note que la dépression est une pathologie qui touche plus de 300 millions de personnes dans le monde. Elle indique que la TIP fait partie au même titre que les thérapies cognitivo-comportementales et les antidépresseurs des traitements efficaces pouvant être proposés. Le principe de base est que la survenue d’un épisode dépressif chez un patient est due au fait que :
- Des besoins fondamentaux et légitimes sont insatisfaits.
- Le patient ne parvient pas à faire appel à des ressources interpersonnelles pour satisfaire ses attentes concrètes.
Le dysfonctionnement interpersonnel peut être associé à différentes difficultés :
- Le patient a mauvaise conscience (mentalisation) de ses besoins.
- Il présente des difficultés à identifier un interlocuteur à qui signaler ses besoins.
- Il présente des difficultés dans la communication des besoins et des attentes auprès de son interlocuteur.
L’objectif de la TIP sera d’aider le patient à pallier à ses difficultés. L’idée est que quelle que soit la cause de la dépression, il existe forcément une dimension interpersonnelle.
1) Soit la dimension interpersonnelle est la cause de la dépression :
2) Soit la dépression a une cause non interpersonnelle :
Quelques soit la situation, il existe des dysfonctionnements interpersonnels qui doivent être pris en charge en TIP.
Déroulement de la TIP :
Les TIP sont une forme de thérapie brève dont le nombre de séances est limité et varie entre 12 et 16 selon les capacités présentées par le patient. Elles s’articulent autour de trois phases :
- La phase initiale lors de laquelle le diagnostic de dépression, le diagnostic du style d’attachement, le diagnostic TIP et le contrat thérapeutique sont établis ;
- La phase intermédiaire où le patient prend conscience de ce qu’il « joue » dans ses relations interpersonnelles, et découvre le travail interpersonnel spécifique qui va lui permettre d’instaurer ou de réinstaurer des liens d’attachement sécures, ou de mettre fin à des relations insécures ;
- La phase finale lors de laquelle le thérapeute évoque la fin de prise en charge, la séparation d’avec le thérapeute, l’analyse des progrès du patient dans ses relations interpersonnelles et les perspectives futures de prise en charge.
Le nombre de séances est limité et permet d’éviter un désinvestissement du patient dans la thérapie. Toutefois, selon les cas, le nombre de séances peut être augmenté, ou bien une thérapie de maintenance peut être proposée.
Au cours de la thérapie, l’objectif premier du thérapeute est d’amener le patient à faire du lien entre son état thymique et la qualité des échanges interpersonnels.
Dans un second temps, il s’agit d’identifier les problématiques interpersonnelles du patient, qui peuvent être de quatre types (le deuil, le conflit, l’isolement social quantitatif ou qualitatif, la transition de rôle).
Ensuite, grâce aux techniques spécifiques à chaque diagnostic TIP, le thérapeute accompagne le patient dans le développement de ses capacités à constituer et entretenir des relations interpersonnelles, qu’elles soient adaptées à ses besoins et suffisamment sécures pour que le lien d’attachement devienne un soutien disponible.
Lors des différentes séances, le psychothérapeute joue un rôle actif et invite le patient à développer sa proactivité.
Enfin, la phase de terminaison permet d’amener le patient à prendre conscience de ses capacités à pouvoir faire les choses par lui-même, et de généraliser ses acquis.
Principe et modélisation de la Thérapie Interpersonnelle (TIP) ?
L’expérience montre que la symptomatologie dépressive est souvent associée à des difficultés liées aux relations interpersonnelles. En effet, le contexte social joue un rôle largement démontré dans la modulation de l’humeur du patient (Henderson, 1992 ; Lin et al., 2013 ; Meyer, 1957 ; Peirce et al., 2000). L’objectif des TIP est que la constitution de liens d’attachement de qualité, sécures, dans l’ici et le maintenant permettra au patient d’améliorer ses relations interpersonnelles et de retrouver une euthymie, c’est-à-dire une humeur normale et stable. La thérapie interpersonnelle permet d’aborder quatre diagnostics différents :
- Le conflit : diagnostic très fréquent, où le problème interpersonnel est précis et évident. L’objectif de la thérapie sera axé sur la gestion du conflit via un travail d’analyse de la communication. Il peut s’agir de conflits dans le cadre personnel (parents-enfants ou entre amis par exemple) mais également professionnel.
- L’isolement, qui concerne les personnes qui présentent un déficit de relations sociales, en terme qualitatif ou quantitatif, et qui souffrent de cette situation.
- Le deuil : qui concerne le décès d’une personne faisant partie de l’entourage du patient.
- La transition de rôle : qui fait référence à un changement de statut tel qu’une promotion professionnelle ou un licenciement, la maternité ou paternité, l’annonce d’une maladie, un mariage ou un divorce, ou encore la période de l’adolescence.
Le lien entre les relations interpersonnelles et la tristesse de l’humeur n’est pas toujours évident pour le patient, et la spécificité de la thérapie interpersonnelle est de permettre de traiter spécifiquement ces difficultés après les avoir identifiées.
Indications de la Thérapie Interpersonnelle (TIP)
L’épisode dépressif caractérisé (EDC) est l’indication historique dans laquelle la TIP a été le plus étudiée, validée et démontrée, et pour laquelle les études les plus robustes ont été publiées. Cependant, c’est une thérapie qui a mis en avant son efficacité dans d’autres indications telles que les troubles les troubles bipolaires, troubles du comportements alimentaires (Binge Eating Disorder (BED), boulimie, anorexie mentale), troubles de la personnalité (trouble de la personnalité borderline, troubles de la personnalité dépendante ou évitante), Syndrome de stress post traumatique, addictions, troubles anxieux (anxiété sociale, agoraphobie), troubles envahissants du développement (autisme de haut niveau).
Dans son Aide-mémoire N°369 de Février 2017, l’OMS dit:
« Il existe des traitements efficaces pour combattre les formes modérées à sévères de la dépression. Les prestataires de soins peuvent proposer des traitements psychologiques (comme l’activation comportementale, la thérapie comportementale et cognitive [TCC], la thérapie interpersonnelle [TIP]) ou des médicaments antidépresseurs…».
Elle fait donc partie des 3 seules thérapies recommandées.
La NICE, la HAS, l’APA, la recommandent toutes dans la prise en charge de l’épisode dépressif caractérisé.
Conclusion :
En d’autres termes, la TIP est une thérapie extrêmement prometteuse qui va probablement se développer au cours des années en France, ce d’autant que son efficacité est quantifiable et vérifiée.
Autre point important, la Thérapie Interpersonnelle est une thérapie avec terminaison, où le patient ne reste pas en thérapie pendant des années contrairement à la psychanalyse.
Par contre, il est indispensable de s’adresser à des professionnels qualifiés par une formation universitaire, comme les psychiatres et les psychologues, et qui, en plus pratiquent les TIP.
L’apprentissage de la communication
Il s’agit d’une forme de thérapie à court terme pouvant être utilisée pour résoudre des problèmes spécifiques ou résoudre des problèmes dans les relations. L’objectif est d’aider les gens à développer les compétences dont ils ont besoin pour avoir de meilleures relations avec les autres et avec eux-mêmes. La communication n’est pas une chose innée ; je vous propose de travailler cette capacité sur la base d’expériences concrètes et vécues.
Comment se déroule la prise en charge en TIP?
Le processus commence par une évaluation de la situation actuelle et des objectifs de la thérapie. Ensemble, nous allons définir un contrat thérapeutique, décider de la fréquence à laquelle nous allons nous rencontrer, de la durée de chaque séance et des techniques qui seront utilisées. Pour obtenir un rendez-vous pour une thérapie interpersonnelle, n’hésitez pas à me contacter par téléphone ou via le formulaire de contact en ligne. Pour en apprendre davantage sur mon travail, les pages spécialisation et activités complémentaires sont là pour ça.




